VIDEO A LA DEMANDE : L'INTERMINABLE DEBAT FRANCAIS

Voilà plus d’un an que les négociations sur le régime de distribution de la vidéo à la demande (VOD) ont commencé. Mais les discussions entre producteurs de cinéma, fournisseurs d’accès et chaînes de télévision sont toujours dans l’impasse, et malgré la médiation du Ministère de la culture, aucun compromis ne semble encore à l’ordre du jour. La pomme de discorde est la ” chronologie des médias”, qui encadre les différentes fenêtres d’exploitation des films en France. Depuis la loi du 30 septembre 1986, la diffusion d’une œuvre cinématographique de longue durée sur plusieurs médias est en effet soumise à un calendrier très précis   : une fois la sortie en salle d’un film effectuée, le délai d’édition du DVD ne peut être inférieur à 6 mois, celui de la mise en place de services de pay-per-view à 9 mois, celui de la diffusion sur Canal Plus à 12 mois, celui de la diffusion sur les chaînes gratuites numériques ou hertziennes de 24 mois. Or la vidéo à la demande doit trouver sa place dans le cycle d’exploitation des films sans remettre en cause l’ensemble des équilibres financiers existants…

Certains acteurs de l’audiovisuel ont proposé de créer une nouvelle fenêtre d’exploitation binaire pour la VOD, qui débuterait sept mois et demi après la sortie en salle des films, s’interromprait après une période d’environ six semaines, puis reprendrait au-delà de 36 mois, après la diffusion des films sur les chaînes de télévision gratuites. Mais cette solution n’a pas l’heur de plaire à tout le monde. En effet, les chaînes de télévision, principaux bailleurs de fonds du cinéma français, refusent de voir bénéficier les fournisseurs d’accès des droits de diffusion en première exclusivité des œuvres qu’elles ont financées ou préachetées. Pourquoi laisser à d’autres le soin de récolter ce que l’on a semé ? Les producteurs de cinéma se montrent également très réticents à « signer un chèque en blanc » (1) aux fournisseurs d’accès à Internet alors que le business model de l’audiovisuel numérique demeure incertain ; le fait que ces derniers se soient engagés à soutenir la production cinématographique par le biais de minima garantis n’y a pas changé grand-chose. Nombreux sont ceux qui préfèreraient voir la VOD passer après le paiement à la séance, c’est-à-dire plus de 9 mois après la sortie en salles.

A qui profite l’interminable débat français autour de la vidéo à la demande ? Aux studios américains, bien sûr. Pendant que les principaux acteurs de l’audiovisuel français discutent et tergiversent, les majors d’Hollywood avancent leurs pions et renforcent la suprématie des films américains dans les services de vidéo à la demande. En effet, ces derniers échappent au cadre réglementaire français : ils ne sont ni financés, ni préachetés par les chaînes de télévision et peuvent rapidement être téléchargés par des consommateurs avides de nouveautés. Faut-il voir dans les déconvenues du septième art français un effet pervers du système scolaire national ? Cela fait des générations que les écoliers récitent Le lièvre et la tortue , l’une des fables les plus célèbres de La Fontaine, et qu’on leur répète inlassablement : « rien ne sert de courir, il faut partir à point ». Alors forcément, ils ont retenu la leçon… Espérons seulement qu’ils n’attendront pas que la compétition du cinéma numérique soit trop avancée pour partir.

Sources :

– Paule Gonzales, « La vidéo à la demande a du mal à trouver sa place », Le Figaro Economie , 30-11-05

Notes :

(1) Paule Gonzales, « La vidéo à la demande a du mal à trouver sa place », Le Figaro Economie, 30-11-05

Benoît LANDOUSY