MARIE-ANTOINETTE : LE SERVICE A LA FRANCAISE

C’est l’un des films évènement de ce nouveau festival de Cannes et qui a été tourné en Île-de-France et, notamment au château de Versailles, qui est pourtant réputé inexpugnable. Néanmoins, la commission de film a relevé le défi.

Ce long métrage, qui présenté en compétition officielle au festival, est un exemple du savoir-faire français en matière d’accueil de tournage. En effet, bien que l’action se situe presque intégralement au château de Versailles, rien n’indiquait que celui-ci accepterait un tel tournage. Olivier-René Veillon et son équipe de la commission du film Île-de-France son parvenu à convaincre tous les interlocuteurs de l’établissement public. Au final, Marie-Antoinette a fédéré les compétences et énergies de centaines de techniciens, loueurs et prestataires. Cette réussite est dû à la Commission Île-de-France qui a fait tout son possible pour être le plus en amont des projet de long-métrage ; « si un réalisateur doit tourner dans la région, il se doit d’avoir intégré ce point dans une démarche artistique » assène le directeur de la Commission. Il faut noter que la France, ne disposant pas d’incitations financières pour attirer les producteurs étrangers, il convient de mettre tous les atouts (historiques, architecturaux, techniques et artistiques) de son côté pour qu’un tournage se déroule bien sur le territoire. « Il faut que la production, continue le directeur, qui vient tourner à Paris se dise que c’est aussi pertinent, qu’elle aura une réponse aussi efficace qu’à Los Angeles, Vancouver ou Londres ». Pour cela, la Commission du Film vient de signer un accord avec la Director’s Guild et la Writer’s Guild, à l’occasion du Location Trade Show, qui s’est déroulé en avril dernier à Santa Monica (Californie) et qui a réuni plus de 260 commissions du film du monde entier. « L’objectif est, notamment, de pouvoir nouer des relations avec des scénaristes très tôt dans la phase d’écriture, afin qu’ils intègrent la possibilité de tourner dans la région ».

La Commission du Film Île-de-France a été créée officiellement le premier avril 2004 et c’est le film Marie-Antoinette qui a essuyé les plâtres. « C’est réellemnt le premier dossier que nous avons reçu à la Commission, se souvient Olivier-René Veillon. Il ne comportait qu’une seule question : peut-on venir tourner à Versailles ? et le message émanait de Sofia Coppola qui souhaitait mettre en scène son Marie-Antoinette ». Aussitôt, la Commission prend contact avec Christine Albanel, présidente de l’établissement public du musée et du Domaine national de Versailles. . Car, si le château est un haut lieu du tourisme, s’il accepte ponctuellement des tournages et ce, dans des cadres bien définis, rien ne permettait d’emblée de penser qu’un tournage de cette envergure été possible. « La présidente a parfaitement bien reçu le principe du film et de son objet. Un sujet pareil ne se refuse pas.  « Malgré cet accord de principe, il nous a fallu voir jusqu’à quel point Versailles pouvait et voulait jouer le jeu. Les contraintes et les responsabilités liées à ce site sont très lourdes mais Christine Albanel a convaincu les équipes de l’intérêt d’un tel tournage ». Au final, c’est un grand oui qui a été envoyé à la production.

Rapidement, un état des lieux des différents sites a été dressé par la Commission du Film, par Versailles ainsi que par Christine Rapillère (directrice de production française du film) et de Christophe Cheysson (le premier assistant réalisateur) : pièces, escaliers, mobilier, jardins, statues et les accessoires disponibles de l’établissement public. Ce fut un travail titanesque que la Commission avait, de toute façon, l’intention de réaliser. « Nous avons fait de Versailles notre premier grand chantier en terme de base de donnée des grands lieux réputés du tournage, rappelle Olivier-René Veillon. Cela faisait partie de notre stratégie mais nous ne pensions pas le faire aussi tôt ». Aujourd’hui, la Commission a répertorié une cinquantaine de lieux de ce type qui sont référencés dans les moindres détails, pour répondre aux besoins des tournages. De plus, il a été mis en place une politique tarifaire par la Commission et Versailles pour adapter les besoins de la production de Marie-Antoinette, mais en gardant à l’esprit les contraintes liées à la sauvegarde du site, « du coup, Versailles peut se targuer à ce jour d’être un véritable accueil de site de tournage ». Face à l’enthousiasme français et à la pertinence de l’offre, la production décide de tourner la quasi-totalité des films au château, alors qu’il avait été prévu quelques scènes seulement. Ross Katz (le producteur du film) disait en avril 2005 au magazine Screen International : « Grâce aux efforts des gestionnaires du site et au travail des Commissions du Film, la production a bénéficié d’un accès particulièrement privilégié au palais et aux jardins ». Mais d’autres sites ont répondu à l’appel. Par exemple, la chambre de Marie-Antoinette a été constituée au château de Millemont et les appartements du roi à l’hôtel de Soubise. Par ailleurs, les scènes du Trianon ont été tournées à Pontchartrain et une partie des scènes de Versailles au château de Dampierre. Quant à la séquence du bal, elle a été tournée au palais Garnier et l’antichambre de la Reine est figurée par l’ambassade de Roumanie à Paris. Enfin, d’autres scènes ont été tournées à Champs-sur-Marne, Vaux-le-Vicomte et, plus surprenant, à la banque de France.  « Nous cherchions une galerie qui soit équivalente à celle du palais des Schönbrunn à Vienne car la production envisageait de s’y rendre pendant une semaine. Ce qui, il faut l’avouer, ne l’engager guère et ne nous emballait pas non plus. Nous avons donc parcouru la région à la recherche de cette perle jusqu’à la trouver au cœur de la banque de France, dans la galerie dorée ». Cette salle avait déjà accueilli des tournages (Vattel de Roland Joffé ou Tous les matins du monde d’Alain Corneau). Un tel accueil n’a pas échappé à Ross Katz : « la qualité artistique de l’équipe est supérieure à tout ce que j’ai pu voir jusqu’ici. On sent un enthousiasme et une fierté dans leur travail ». Mais sur le plan humain aussi la France a marquée des points. « Le tournage s’est déroulé au printemps 2005 et a occupé une centaine de techniciens français sur les douze semaines de tournage » résume le directeur de la production.

Marie-Antoinette a également profité aux prestataires français, principalement à l’EST, qui est le studio créé par Christian Guillon. Christine Rapillère a fait appel à l’expertise du studio car « ils avaient besoin de supervision sur le tournage, ce qui est une de nos spécialités, rappelle Kevin Berger, superviseur sur le film. Il s’agissait de créer un matte-painting en 2D à partir du château de Vaux-le-Vicomte, pour figurer celui de Schönbrunn à Vienne, qui est la résidence de la famille de la Reine ». Kevin Berger, en compagnie d’Alexandre Bon (autre superviseur de l’EST), a rencontré Roman Coppola, le frère de Sofia, qui dirigeait la seconde équipe. Avant le tournage, le duo s’est longuement entretenu avec le chef décorateur K.K. Barett qui avait déjà réalisé une maquette avec des éléments photographiques du château autrichien. A partir de là, le tournage des deux superviseurs de l’EST démarre à Vaux-le-Vicomte et se poursuit à Vienne. « Un gros travail puisque nous avons shooté pas loin de 300 photos, en fonction des axes de caméras et des pelures que nous devons créer ». Au final, l’EST a réalisé un plan de 200 images, incluant un recadrage, le changement de toute la toiture, l’extension du bâtiment de Vaux-le-Vicomte et l’effacement de quelques éléments. Ainsi, Kevin Berger raconte a propos de sa collaboration avec l’équipe de Sofia Coppola : « nous avons eu la chance d’avoir une très large écoute de la part de Roman et de son équipe, avec une vraie conscience du trucage ».

En termes de retombées économiques, la Commission a enregistré 50 millions d’euros de dépenses directes liés à la venue de tournages étrangers. Il faut associer ce très bon chiffre aux autres tournages ayant lieu dans la région Île-de-France comme le Da Vinci Code de Ron Howard dont le budget de 135 millions de dollars a permis d’essaimer en France et Marie-Antoinette de Sofia Coppola. « On estime à 20 millions d’euros les dépenses réalisées en France, ce qui représente plus d’un tiers, voire près de la moitié du budget global ». Néanmoins, Monsieur Veillon ne cache pas une certaine amertume face à un certain attentisme de la part des pouvoirs publics : « La France est le seul grand pays de cinéma à ne pas avoir d’incitations financières pour les tournages étrangers. J’estime que l’on bride volontairement l’emploi et l’activité de ce domaine. Heureusement, Hollywood ne s’y est pas trompé et a parfaitement conscience que l’on ne doit pas faire d’économie d’image. Les productions de la valeur des sites que nous proposons et c’est pourquoi nous demeurons attractifs ». Et de poursuivre : « malgré l’absence d’incitations fiscales, nous pouvons accueillir des tournages d’envergure, ceux-ci font la démarche de venir en France. Réfléchissez à ce que cela pourrait être avec des mesures fiscales adaptées ! Si nous étions à armes égales, nous pourrions concurrencer allègrement l’Angleterre (50% de l’activité londonienne est générée par les tournages étrangers par exemple) ou la Hongrie, etc.… ».
Source : François Chevallier pour le n°507 de Sonovision Broadcast
Audrey RAPUZZI