LA HAUTE DEFINITION VERROUILLEE AU NOM DU DROIT D’AUTEUR

Le développement technologique des médias serait censé satisfaire toujours plus la liberté de communication des idées et des informations. Tel ne semble pourtant pas être le cas selon certains, au vu notamment des techniques permettant de « verrouiller » les contenus sur le web. Un élément nouveau est venu raviver le débat, cette fois-ci au niveau télévisuel : le High Bandwith Digital Content Protection, ou plus simplement HDCP.

Cette technologie est présentée, a priori, comme un nouveau standard pour la télévision numérique en haute définition. Elle vise en réalité à réprimer le piratage, grâce à un système de cryptage rendant impossible toute copie ou tentative de copie. Afin de garantir l’efficacité du système, l’ensemble du processus de transmission devra être pris en charge par ce procédé, et notamment, s’agissant des destinataires du message, les moyens de réception (cartes graphiques, écrans télévisuels, lecteurs DVD,…).

Rien d’innovant ne se dégage de cette attitude de la part des titulaires de droits qui sont à l’origine de ce standard (les seules majors, et non les auteurs), si ce n’est son objet. Ainsi, après s’être attaquées aux contenus numériques et à leurs supports physiques, les mesures techniques de protection envahissent désormais le domaine des « vecteurs », spécifiquement pour la vidéo. L’on peut déjà supposer que quelques crackers se feront une joie de contourner ces techniques, comme ils l’ont fait pour les précédentes, afin de copier les contenus. Toutefois, l’introduction de ce système présente un risque considérable, non pour les pirates professionnels, mais pour les simples consommateurs de bonne foi.

En effet, les écrans et cartes graphiques actuels ne sont pas agréés pour fonctionner dans ce standard ; il paraîtrait difficile, à l’heure actuelle, d’exiger des destinataires que l’ensemble de leur système de réception soit certifié HDCP. Les industriels à l’origine de ce standard semblent pourtant s’orienter en ce sens, loin de vouloir certifier les technologies existantes : ainsi, selon une recommandation de Microsoft, en cas d’incompatibilité au niveau de la réception, il appartiendra au fournisseur de contenus de régler le problème. Différentes attitudes lui sont conseillées, allant de la réduction de la résolution des images (curieusement pour les interfaces analogiques) jusqu’à l’impossibilité pure et simple de recevoir le contenu (encore plus curieusement pour les interfaces numériques actuels, notamment DVI et HDMI, accusés de ne pas suffisamment protéger les contenus !). En conclusion, pour seulement prévenir la copie (même privée ?), le système rendra impossible l’accès à l’information.

L’arrivée définitive du HDCP sur le marché est déjà prévue ; elle devrait se faire d’ici 6 mois à un an, d’abord dans quelques médias, puis à une plus grande échelle, étant voué à se généraliser pour l’ensemble de la communication audiovisuelle et de la communication en ligne. Existant pourtant depuis 2003, quasiment aucun fabricant ne l’a inclus dans ses matériels et l’hypothèse d’une simple mise à jour de ceux ci n’est pas encore envisagée.

Il est évident que l’usage de cette technique a très peu de chances d’être toléré, ne serait-ce que sur le fondement de la liberté de communication. Un important contentieux devrait au moins se développer, comme il en a été pour les précédents systèmes de protection.

Quoi qu’il en advienne, cette affaire, dont l’essentiel reste encore à venir, illustre à nouveau la trop grande extension du champ de la propriété intellectuelle ; le recours à la technique permet de l’imposer toujours plus loin dans la vie privée des consommateurs et lui agrège des marchés connexes, le tout au détriment des citoyens et des auteurs eux-mêmes.

Source : http://www.hardware.fr , 06 janvier 2006

Philippe MOURON