SECOND LIFE : UN UNIVERS VIRTUEL COMME OUTIL DE CAMPAGNE

Sorti en 2003, Second Life est un logiciel qui peut être défini comme un monde virtuel, en trois dimensions, dans lequel un individu peut vivre une seconde vie. Plus qu’un jeu vidéo, il s’agit bel et bien d’une véritable simulation de vie, attirant déjà plus d’ 1,5 millions d’utilisateurs.

Le principe est simple : à la base gratuit, un utilisateur lambda va créer un avatar (sa représentation virtuelle), qu’il peut customiser (personnaliser) à son gré, puis qu’il va faire évoluer dans le monde de Second Life. Ce dernier est composé d’objets (pouvant être crées et commercialisés par l’utilisateur et rappelant les motifs géométriques de base), ainsi que de terres représentant le terrain de jeu, d’exploration (3 continents et une multitude d’iles). Le joueur n’a pas de mission à remplir ; à l’inverse de la plupart des jeux vidéo traditionnels, il n’a pas de trame principale à suivre. Il est libre d’aller ou bon lui semble et de faire ce qu’il désire tant qu’il respecte les conditions d’accès de Second Life.

Mais tout le génie des concepteurs réside dans l’instauration d’une monnaie virtuelle, convertible en monnaie réelle, ainsi que la possibilité de créer des mini-industries comme des magasins, des discothèques, des casinos, des agences d’immobilières etc. Certains annonceurs ont déjà exploité ce nouvel eldorado comme Adidas ou Toyota y ayant ouvert une boutique virtuelle.

La combinaison de cette liberté avec la possibilité de faire du commerce, des rencontres, d’échanger des opinions, fait de cet univers virtuel une véritable communauté, un village planétaire à la population grandissante. On comprend de ce fait l’engouement des politiques pour ce produit, comme nous allons le voir dès à présent.

Le premier homme politique à avoir foulé les contrées pixélisées de Second Life est le gouverneur démocrate de l’état de Virginie (E.-U.), Mark Warner, en aout 2006. Pour ce qui est des acteurs de la vie politique française, le premier parti politique à s’illustrer dans le monde virtuel est le Front National en décembre 2006 avec l’installation d’une permanence, qui fera l’objet d’assauts répétés d’anti-FN à grand renfort de graffitis et de noms d’oiseaux.

C’est en janvier 2007 que le Parti Socialiste décide de conquérir les urnes virtuelles avec l’inauguration du Quartier Général de campagne virtuel « dans lequel vont se dérouler des débats participatifs», déclare Ségolène Royal. On retrouve dans ce QG de nombreuses discussions sur les thèmes principaux de la campagne pour les élections présidentielles de 2007.

Enfin, c’est en février 2007 que l’Union pour un Mouvement Populaire, à son tour, loue un îlot et le bétonne d’un QG de campagne en bonne et due forme.

Dans une société où la médiatisation est une des conditions essentielles à la réussite politique, où Internet devient l’un des médias favoris pour la promotion des programmes politiques, l’on comprend la volonté de certains candidats à l’élection présidentielle, de figurer dans des univers persistants au succès grandissant. Ici, le public touché est très important, le coup de la campagne dérisoire.

Cependant, des dérives peuvent être observées ; les premières batailles sur les estimations de fréquentation des différents QG virtuels (l’UMP ayant, selon des observateurs français de Second Life, émit des chiffres erronés concernant la fréquentation de son QG de campagne, par rapport à la fréquentation enregistrée à celui du PS) ou encore la pollution de certains QG virtuels de campagnes comme on a pu le voir avec celui du FN, ou encore celui de l’UMP, sont éloquentes

Problème de médiation donc, dans un monde virtuel pouvant avoir des répercussions très importantes sur l’opinion public, un monde virtuel – dont les contours juridiques sont flous se résumant en quelque sorte à l’approbation d’une charte de bonne conduite – dont l’essence même est de pouvoir faire tout ce que l’on veut. D’où cette question, lancinante, relative au caractère effectivement contraignant des chartes privées de bonne conduite : y’a-t-il un juge pour sauver Second Life ?
Sources :

http://www.20minutes.fr/
http://www.clubic.com/
http://fr.wikipedia.org/
Benjamin REIX