LE MONDE INTERACTIF AU CŒUR DE LA CRISE DU GROUPE DE PRESSE

Le bras de fer engagé entre la direction et la société des rédacteurs du Monde, se durcit. Celle ci conteste la stratégie numérique de Bruno Patino, président du Monde Interactif.

Au lendemain de la crise provoquée par la démission du directoire du Monde, chaque partie marque sa position. Les sociétés de personnel ont été reçues par Pierre JEANTET, président du directoire qui se dit « prêt à rendre des comptes, mais pas à cogérer le groupe »
C’est ce qui l’a conduit, ainsi que Bruno Patino et Eric Fottorino, à la démission. Le directoire estimait en effet qu’il ne pouvait « exercer ses responsabilités face aux prises de position publiques et réitérées de la Société des rédacteurs du Monde (SRM) ».
Une note de la SRM remettant en cause la stratégie numérique du Monde adressée aux journalistes avant le conseil de surveillance est à l’origine de cette déclaration. La SRM, premier actionnaire du holding de tête du groupe de presse, y annonçait également son intention de ne pas approuver le budget 2008 du Monde.fr.
Selon elle, le quotidien contribue en grande partie au succès du site de par la puissance de sa marque mais n’en récolte pas les fruits. Elle estime « que les flux financiers entre la société éditrice du Monde (SEM), maison mère, et Le Monde Interactif ne doivent plus s’opérer au détriment de la SEM et qu’ils doivent être revus et corrigés par souci d’équité ». Elle avance un « écart défavorable » entre le papier et le Web d’un montant de 635 000 euros en 2007 et estimé à 170 000 euros prévus en 2008. Enfin, elle pointe le rôle ambigu de Lagardère, actionnaire à 34% du Monde Interactif, qui aurait refusé que la redevance reversée par le site au quotidien passe de 4 à 6%.

Bruno Patino dénonce « la faible compétence économique » de la note et rappelle, en outre, que Lagardère a investi à la hauteur de sa participation. Surtout, insiste Bruno Patino, « Le Monde Interactif n’a à ce jour pas rapporté un centime en cash à Lagardère car toute la trésorerie du Monde Interactif, comme celle de « Télérama » et de « Courrier International », est à la disposition de la trésorerie du groupe, et donc du quotidien ».
Quant à la stratégie numérique du groupe de presse, il réaffirme « ne pas concevoir l’avenir du quotidien sans une poursuite du développement sur Internet ».
Les prochaines semaines s’annoncent donc compliquées pour le quotidien. Le président de la SRM, Jean Michel DUMAY, s’est étonné, du jugement d’ « irresponsable » porté sur la société, par Eric Fottorino, le directeur du Monde.
Après de telles déclarations, de part et d’autre, un compromis pourra-t-il être trouvé ?
Cécile RAFIN
Sources

La Tribune du 21 décembre 2007