LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE SOUHAITE UNE TELEVISION PUBLIQUE SANS PUBLICITE

A la surprise générale, le Président de la République, Nicolas Sarkozy a annoncé le 8 janvier dernier l’ouverture d’une “réflexion sur la suppression totale de la publicité sur les chaînes de télévision publiques”.

Après cette annonce brutale, et sans concertation des acteurs du secteur, de la prochaine suppression de la publicité sur les chaînes de télévision publique, Nicolas Sarkozy a évoqué la possibilité d’une suppression progressive lors d’un discours prononcé à l’Elysée.
Le Président de la République, qui affirme qu’aucune chaîne ne sera privatisée et que “chaque euro de recette publicitaire” supprimé dans le service public audiovisuel sera “compensé par un euro de ressource publique”, a mis en place mardi une commission “pour une nouvelle télévision publique”, présidée par Jean-François Copé, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale.
Cette commission est chargée d’étudier cette compensation financière sous la forme d’une possible dotation en capital de France Télévision dès 2008, avec deux options envisageables selon M. Sarkozy.
” Vous pourrez examiner deux options. La première serait de supprimer toute publicité dès le 1er janvier 2009″, a déclaré M. Sarkozy. “La deuxième consisterait à envisager cette suppression de façon progressive, en commençant en 2009 par supprimer la publicité après 20H00 sur l’ensemble des chaînes de France Télévisions”, a-t-il ajouté.
Suppression de la publicité sur les chaînes de télévision publique : quels impacts ?
De nouveaux financements pour le service public de la télévision.Au niveau des sources de financement, le président a évoqué un “panachage de ressources”, dont une contribution des chaînes de télévision privées et des opérateurs de télécoms, mais a indiqué également que les radios privées et la presse ne seraient pas taxées pour leur permettre de “mieux passer le cap de la révolution numérique”.
– « Une taxe sur les recettes publicitaires accrue des chaînes privées », qui, déjà, se montent à 10% de leur CA
– « Une taxe infinitésimale sur le chiffre d’affaires de nouveaux moyens de communication, comme l’accès à internet ou la téléphonie mobile » en sus de la taxe actuelle de 1 % de leurs revenus 3G et GSM. Mais si les FAI et les opérateurs mobiles sont taxés, qui va in fine payer l’addition ? Et pourquoi taxer à nouveau une “industrie” qui est présentée comme stratégique pour le développement de la France ?

– « Une taxe sur les recettes publicitaires accrue des chaînes privées ».
Mais comment recueillir les 850 millions d’€ de taxes (soit les recettes publicitaires actuelles de France Télévisions), par une hausse de la redevance audiovisuelle. Le gouvernement s’était opposé en fin d’année dernière à une augmentation de la redevance pourtant souhaitée par certains députés et sénateurs.
Si tel est le cas, le citoyen devra ainsi financer plus fortement le service public dont une partie des ressources aura été réorientée vers le privé qui s’en félicite.

Comme les supports disponibles se réduiront de facto suite à cette mesure, les chaînes privées bénéficieront de la réorientation quasi mécanique d’au moins la moitié des dépenses vers leurs supports. Comme les espaces publicitaires sont déjà pleins à plus de 90%, une hausse des tarifs publicitaires serait donc à prévoir (il n’est pas certain que ce soit du goût des annonceurs). Mais on peut aussi envisager que les chaînes privées demandent une seconde coupure (couplet déjà joué depuis quelques années)…
Quoiqu’il en soit, les actionnaires des deux principales chaînes privées ont bien et très rapidement compris l’opportunité que pourrait comporter la suppression totale de la publicité sur les chaînes de télévision publiques : à la Bourse de Paris, les actions TF1 et M6 Métropole TV décollaient, après l’annonce par le président Nicolas Sarkozy qu’il souhaitait “réfléchir à la suppression totale de la publicité sur les chaînes publiques” de télévision.
Cette métamorphose éclipse la rénovation de « l’audiovisuel extérieur » et un possible regroupement de ce dernier avec France Télévisions dans un espace pouvant nommé France Monde (incluant les moyens de TV5, France 24 et Radio France Internationale) diffusant en français alors que France 24 diffuse actuellement en français, anglais et arabe. Un regroupement qui, comme toute “fusion” entraîne son lot de laissés-pour-compte : il se pourrait que certaines chaînes du service public de télévision disparaissent…

Avec ce double coup de grisou, France Télévisions risque l’ensevelissement et l’audiovisuel extérieur, que l’on voulait à la hauteur de la BBC.
Alexander Kengen

Sources:
www.assembleenationale.fr
www.csa.fr
Le Monde du 8 au 22 Janvier 2008
L’Express
Marianne
Challenges